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Appel à contribution, thématique «Hors-écran»


Alors que le numérique est généralement pensé depuis la fenêtre qu'est l'écran d'ordinateur, ce cinquième numéro de la revue Réel | Virtuel interrogera la notion d'écran, en questionnant ce qui pourrait sembler être son opposé : le « hors-écran ».

Définition du hors-écran
Dans son sens premier l’écran est un paravent, un obstacle, une barrière, un panneau devant le feu pour se protéger de l’ardeur d’un foyer. Avec l’avènement du cinéma, il devient ce qui arrête les photons de lumière pour permettre de voir l'image projetée. Le terme anglais off screen, dont il est une traduction, désigne aussi ce qui n'est plus à l'affiche, ce qui n’est plus ou pas montré. Comme on ne peut pas matériellement faire passer tous les films (pour des raisons de mode, de public, etc.), il doit y avoir un invu pour qu'on puisse voir. Si ce qui est sur l'écran n'est visible que de façon éphémère, on pourrait donc définir le hors-écran comme ce qui serait sans obstacle, sans temporalité, ce dont on ne serait pas protégé, ce dont rien n’arrête la projection.
En outre le hors-écran, par son rapport à l'exclusion, engendre une dialectique du dedans/dehors. Mais, si on limite le dedans de l’écran à ce qui est à l’écran, qu’en est-il du dehors ? Peut-on réduire le hors-écran à ce qui n’est pas à l’écran ? Si l’écran est une opacité qui rend visible, alors dans le hors-écran ce visible redeviendrait-il invisible ou aurait-il une autre sorte de visibilité ? N’est-ce pas plutôt qu’il perdrait de sa lisibilité ? Certains artistes révèlent ainsi qu'à l'intérieur même de l’écran il y a un hors-écran (à la manière du hors-champ) qui ne se limite pas à de l'extériorité.

Relation d’influence hors-écran / écran
Les rapports entre écran / hors-écran résident-ils dans une différence de nature, de forme, de support, ou bien se jouent-ils aussi en termes d’échelles de valeur ? Peut-on considérer le hors-écran comme un « à-coté », ayant moins de visibilité et d’importance que ce qui est montré, comme le sont par exemple les rushes de films non utilisés ? Ou bien peut-on le considérer comme une part du processus de travail et de création, tout aussi légitime que ce qui apparaît à l’écran, comme le sont par exemple, pour des oeuvres live, les scripts, notations, photographies et films qu’il est de plus en plus courant de montrer ?
Le hors-écran renvoie aussi à ce qui va être bouleversé par les écrans. Ne serait-il pas possible que l'écran vienne conditionner notre perception de ce qui lui est extérieur ? Il s'agirait d'envisager que les modes d'apparition propres aux écrans puissent influencer directement ou indirectement la conception d’installations, d'objets, de supports imprimés, etc. La méthode comparative, par laquelle on cherchait à éclairer l’image numérique par le détour d’œuvres graphiques, picturales, littéraires, etc. pourrait alors se renverser. L’objet de cette recherche ne se réduirait pas à une hybridation effective des medias, mais comprendrait la manière dynamique dont ils peuvent s’enchaîner, interagir, voire rétroagir les uns sur les autres dans un processus diversifié, que l’on peut repérer chez de nombreux artistes contemporains.

Autonomie du hors-écran
Les ordinateurs n’ont pas toujours eu d’écran, posant ainsi la question de ce qu’est une interface, terme venant de la chimie et désignant une surface à la frontière entre deux espaces ou deux matières. En ce sens, le hors-écran peut être compris comme le dépassement de la définition du numérique par son interface. Le hors-écran peut renvoyer à tout ce qui travaille avec le numérique ou avec les écrans, tout en n'étant pas dans l'écran. Nous pouvons penser ici au développement des laboratoires de fabrication numérique (fablabs), au domaine des objets dits «connectés», aux microcontrôleurs type Arduino, ou de façon plus large au design des objets fonctionnant avec des programmes mais sans écran (via la voix, le toucher, etc.).
Dans un autre registre, le hors-écran renvoie aussi aux réactions plus ou moins hostiles vis-à-vis de la technologie, accusée de déterminer ou de conditionner nos manières de penser, d'être, de percevoir, etc. Le hors-écran peut alors devenir une manière d'affirmer une identité personnelle par opposition à un écran qui pervertirait une nature. Nombre de dystopies sur la technologie dans la littérature cyberpunk et biopunk tentent ainsi de donner une place aux exclus de l’écran. L’avènement des technologies de l’information annonçant l’exclusion de ce qui n’est pas traduisible en langage machine, ici les exclus (au sens large que ce soit des personnes, des pensées, des façons d’être ou même des données numériques) font retour à la manière du symptôme. Ils deviennent lisibles.

Le réel et le corps du hors-écran
Nous retrouvons ici la notion d'écran telle qu'elle est développée dans le champ psychanalytique : le souvenir-écran. Le hors-écran est tout ce qui ne peut pas être à l'écran, voire ce qui est rejeté. Un hors-écran est-il seulement possible ? Peut-on être confronté directement au réel, ou doit-on nécessairement passer par des médiations ? Transposé dans le champ du numérique, c'est tout le numérique qui ne serait pas représenté, pas représentable.
La notion de médiation peut également s'appliquer aux pratiques artistiques. Comment interpréter les pratiques telles le happening, qui se définissent dans l’ici-et-maintenant, c’est-à-dire résolument en dehors de l’enregistrement, de la documentation ? Que l’on pense par exemple aux contractions et déformations suscitées par un usage intensif des ordinateurs, mais aussi aux imbrications corps-écran suggérées dans l’usage de la vidéo par les artistes : quels sont les contacts, interactions et influences des corps et des écrans ? Le corps est-il redéfini par sa relation aux écrans, ou bien imprime-t-il sa marque dans ce qui n’en est qu’un supplément?

Nous vous invitons à transmettre vos PROPOSITIONS d'articles jusqu'au 30 juillet 2015 à l'adresse contact@reelvirtuel.com. Le fichier de renseignement (Fiche_Renseignement.doc) et le fichier pour l’argumentaire (Fiche_Argumentaire.doc, 15 lignes de résumé) sont à télécharger ici. Cette séparation permet d'assurer une évaluation anonyme des propositions, par les lecteurs du comité.